Interview du 27 juil 2010 dans la rubrique
Les Photographes
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Je suis passionnée de photographie, de musique, … et du genre humain. Ceci explique peut-être celà.
Pro dans le sens où c’est mon métier. Mais je peux aussi dire amateur dans le sens où j’essaye toujours d’aborder les choses avec un regard nouveau, en remettant régullièrement en question ma démarche. Je suis toujours en apprentissage, en découverte, pour essayer d’être toujours créative.
Mais je ne vis pas de la photo de concert.
En plus de la photo live et portrait d’artiste, je suis photographe de mariage. Je propose une vision moderne, artistique et spontanée à une générations de futurs mariés qui ne se retrouvent pas du tout dans le style des photos de mariage traditionnelles. J’ai opté pour un style documentaire, en oubliant les photos posées et en privilégiant le spontané.
Et puis j’aime proposer une vision « décalée » à tous ceux qui ont envie de photos plus originales d’eux (comme avec des couples et des familles par exemple).
J’utilise principalement un 40D, un 24-70 f4, un 17-55 f2.8, un 85mm f1.8, un fisheye 15 mm f2.8, et un 70-200 f2.8. Ce dernier n’est pas sorti de sa housse depuis plus d’un an.
Mais bon le matériel importe peu au final ! Le plus important est d’apprivoiser son matériel et de déterminer celui qui lui convient le mieux.
J’ai réellement commencé la photo de concert en 2007.
C’est grace aux organisateurs d’un festival que j’ai pu faire mes premiers pas dans la photo concert. Je suis entrée avec mon appareil photo (un finepix à l’époque) et j’ai pu photographié tous les concerts que je voulais depuis le public, sans contrepartie de leur part. Une belle opportunité.
Je n’ai pas l’impression que l’offre soit si important que ça. Surement parce que je ne suis ni à Paris, ni dans une grande agglomération.
Pour choisir les concerts ou festivals, je fonctionne comme je fonctionne pour tout: au feeling et à l’envie … Et aussi par rapport à mes disponibilités.
Je navigue entre la Touraine et la Bretagne où il y a plein de petites salles, c’est super pour être au coeur de l’ambiance et au plus près des artistes. Je ne vais que très rarement dans les grosses salles.
Pour moi, les contraintes ne sont pas d’ordre techniques. Autodidacte, au début je peux dire que je rentrais des concerts trempée et avec un bon mal de tête, tellement je m’appliquais à trouver les bons réglages. J’ai appris à maitriser mon matériel. La technique s’acquiert avec du travail.
Je rejoins Arno Paul et Rod Maurice quand ils parlent de contrainte de reconnaissance, de comportement et relationnelle.
Parce que certains photographes ou collectifs filent gratos leurs photos, nous passons pour des branquignoles quand nous annonçons un tarif au label, manager ou artiste qui nous contactent. Il faut constemment rappeler qu’une photo et une utilisation ont un prix.
Quant à l’attitude de certains photographes, lors des concerts, qui ne respectent rien ni personne, qui photographient sans se soucier ni de l’artiste, ni du public, ni des autres photographes à coté d’eux, et qui se permettent de souffler à plein poumons (c’est dire si je l’entends à travers mes bouchons), j’ai toujours du mal à comprendre comment ils peuvent continuer à venir sur un concert s’ils ne prennent pas du plaisir à faire ce qu’ils font.
Je ne parle pas de la mauvsie image qu’ils donnent de notre métier.
Et parlons du « Saint Graal » : le pass photo. Arriver à avoir un pass photo n’est pas toujours chose facile, même s’il y a de plus en plus de photographes devant les scènes.
Je cherche à capter des instants clés du concert. Cela peut être plus difficile sur un nombre limité de titres, ou pour certains artistes, ou sur le concert d’un artiste dont le show scénique est néant.
Ce que je préfère c’est choper une expression, un geste, une attitude, une émotion… Ou le manque de tout ça. En gros, j’essaye de retranscrire l’ambiance du concert.
Je n’ai pas d’a-priori sur un style de musique en particulier ou sur des artistes. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai assisté à des concerts que je ne serais surement jamais allée voir en tant que spectactrice. J’ai ainsi pu faire de belles découvertes musicales et de superbes rencontres.
Oui ! Après tout est une question de confiance et de respect.
Si on m’accorde une accréditation, c’est qu’on a vu mon travail avant et qu’on est d’accord pour me laisser photographier l’artiste avec ma vision.
Par contre je ne signe jamais de contrat avant un concert (ni après d’ailleurs), tant qu’il y aura des clauses du genre envoyer les fichiers HD pour validation ou donner des photos gratuitement.
Pas à chaque fois, mais ça arrive. J’apprécie d’autant plus qu’ils ont pris du temps pour regarder mon travail et pour m’en faire part. C’est toujours appréciable d’avoir leur retour, pas spécialement pour validation, mais pour avoir leur ressenti.
Pas sur du concert. Mais une fois pour un portrait, fait backstage, avec l’accord verbal de l’artiste et de son management, et dont ils demandaient la validation ensuite. J’ai respecté leur décision, cette photo n’est jamais parue. Toujours cette question de confiance et de respect qui me semble importante pour établir une bonne relation.
Pour moi, cela ne concerne pas que le coté technique de la photographie (surtout que j’aime le grain, les flous, etc) mais aussi le coté émotionnel. Si une photo ne me parle pas, ou ne me transporte pas dans un souvenir personnel, pour moi cette photo n’a pas rempli entièrement sa mission.
J’apprends encore à privilégier la qualité à la quantité, donc je passe par la phase de tri. Je sélectionne les photos qui me semblent remplir les conditions nécessaires pour un post traitement. J’arrive alors à l’étape du choix du traitement noir et blanc ou couleur, même si j’ai souvent une petite idée du rendu de la photo à la prise de vue.
J’aime le noir et blanc, un noir et blanc avec du grain. Mais j’avoue céder à la vue d’une belle lumière, et travaille alors la photo en couleur. Le tout est que cela se fonde parfaitement avec l’ambiance, l’attitude, l’expression de l’artiste.
Donc comme à mon habitude, c’est toujours au feeling.
J’ai beaucoup de super souvenirs: de belles rencontres et des amitiés créées, des fous rires, des larmes, des frissons, …
Je n’en ai pas. Ou alors je les ai oubliés!
Des déconvenus, ça oui !On en subit tous dans notre métier, du genre avoir son accréditation pour photographier un artiste et une fois arrivé sur place, on nous prévient que l’artiste ne veut plus de photographe sur son concert.
Mais je peux raconter une anecdocte: un moment mémorable. Lors d’un festival en 2009, j’étais debout devant une scène surélevée à hauteur de poitrine, pas de crash barrière, avec un public déchainé autour de moi. Dès le début du concert, je me suis retrouvée compressée contre la scène et je ne pouvais plus du tout respirer. Un gars qui essayait de protéger sa copine des mouvements de foule a essayé de me tirer vers lui. Mais le pauvre a vite laché prise. Avec la force d’une foule en délire, on ne peut pas faire grand chose.
Ce dont je me souviens c’est d’avoir vu un pichet de bière attérir sur mon boitier et d’avoir lancé mon matériel sur la scène. La sécu a fini par arriver et m’a sortie de là ! Mémorable.
Depuis, je ne vois plus du tout les concerts sans crash barrière de la même façon.
Le vrai premier concert? Celui de Rose en 2007.
Pour du concert, pas vraiment. Parmi les demandes de photo gratuite que je reçois par e-mails, se dissimule de temps en temps une demande professionnelle. Mais ce n’est pas souvent.
Je vends principalement du portrait aux artistes et aux maisons d’éditions pour site, promo, cover EP/CD, …
J’ai exposé deux fois.
A chaque fois, on m’a contactée pour savoir si j’aimerais exposer mon travail. La premières fois, c’était en Russie, à Moscou en février-mars 2008, et la deuxième fois c’était dernièrement, en Bretagne à Lorient en juin 2010.
C’est un peu flippant de faire des tirages de ses photos et de les mettre à la vue de personnes qui doivent se déplacer spécialement pour voir votre travail dans un lieu défini. Mais tout est oublié quand on échange avec les gens qui ont fait le déplacement.
L’accès à des boitiers numériques très perfomants, compact et grand public, permet de faire des photos plus facilement et partout. Les gens emmènent leurs appareils photo au concert et sont ravis de revenir avec quelques photos (et vidéos) de l’artiste en montrant sur leur blog, facebook ou tout autre réseau social qu’eux aussi y étaient.
Combien de fois, m’a-t-on dit que j’avais de la chance de faire ce métier, d’avoir accès au concerts gratuitement, de pouvoir rencontrer les artistes etc. Il y a tout une « idéalisation » de ce métier qui peut attirer de plus en plus de monde.
Et puis maintenant il est de plus en plus question de deals de la part des responsables de salles et parfois même du management de l’artiste, du genre « Tu viens shooter le concert et tu nous files tes photos gratos ». Du coup, certains peuvent être attirés par l’accès gratuit à des concerts en échange de quelques photos.
Cela ne me gène pas plus que ça.
De mon coté, je respecte toujours les conditions que l’on m’indique. Je ne dis jamais non à la chance de pouvoir photographier un concert entièrement. On peut alors librement retranscire l’ambiance souvent plus intense au delà des 3 chansons autorisées.
En règle générale, le public qui photographie pendant un concert le fait pour avoir ses propres souvenirs. Cela reste de l’ordre de l’utilisation privée.
Le problème apparait lorsque ces photos sont récupérées gratuitement par les artistes, management ou labels des artistes et qu’ils s’en servent pour leur promo.
Je ne sais pas si je suis la mieux placée pour donner des conseils. Je donnerai seulement mon ressenti dû à ma propre expérience.
Si tu veux en faire ton métier, sois prêt à ne pas toujours manger à ta faim ! Aime la musique, la photo, aime les gens. Apprends à connaitre ton matériel, sois perséverant. Sois respectueux envers l’artiste, le public et tes collègues photographes. … Et aussi envers toi-même.
Et surtout prends du plaisir !
Site : www.sophiedelaveau.com
Twitter : sophiedelaveau
Facebook : sophiedelaveau
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Belle interview, vision que je partage… Cela renforce le plaisir d’observer vos photos. Merci
Merci Lara !